Ce travail artistique se déploie comme un territoire mouvant, chaque œuvre y apparaît comme une variation singulière. Il s’agit d’habiter un flux: celui d’idées fugitives, répétitives, glissantes, instables.
À la manière d’un kaléidoscope, les formes, les textures et les intentions se recomposent sans cesse, donnant lieu à des fragments autonomes mais reliés par une pulsation intérieure proche. Chaque œuvre est alors moins une réponse qu’une apparition. D’abord délimitées, ces œuvres et celles de l’entretien infini se rejoignent en certains moments.
Les dessins récents aux formats variables sont réalisés sur des morceaux de coton blanc laissés sans repassage ni traitement spécifique de préparation. Le dessin est amené par un geste qui se veut à la dérobée, avec des techniques à portée de main (gouache, pastel, mine de plomb, pierre noire) dans un désir de pouvoir mettre en lumière rapidement une idée construite autour d’un souvenir, évènement, anecdote, avec un travail sur le titre qui sera soit absent de l’image-même soit inscrit. C’est un ensemble qui pourrait être mis en résonance avec la figure du lapin, inspirée du livre Logique du sens, représentée dans les dessins à la mine de plomb au format régulier de 29x21cm sur papier d’imprimante.
Les deux grandes pièces rouges verticales (« épopée, 90x295cm » et « rencontre avec un tissu à losanges, 90×305 ») invitent à une lecture non linéaire et non autoritaire: la multiplication jusqu’au débordement des fragments de diverses matières et de détails brodés se veulent illisibles et proposent une vision plus proche et concentrée où le regard construit un parcours de pièce en pièce, d’un mouvement à un autre, comme celui du peintre qui observe et tente de reproduire l’énergie et les tensions de fragments de corps imaginaires qui font écho à sa propre mémoire. Les textes brodés proviennent d’autrices qui explorent ces zones d’incertitude, de blessures, de réparation, et apportent une temporalité plus fixe à l’ensemble de tous ces tissus. Ces oeuvres rouges verticales doivent plutôt se lire comme une construction archéologique où chaque couche ouvre à la suivante tout en la contenant, et où le regard passe obligatoirement par des allers-retours qui ne peuvent se terminer sur une image arrêtée. Le titre « rencontre avec un tissu à losanges » paraît anodin en proposant une lecture sensée d’une oeuvre qui voudrait raconter une rencontre avec une matière particulière, mais le regard est vite confronté à la frustration de la recherche de ce fameux protagoniste à losanges, dissimulé, qui offre un léger point d’appui mais ne permet pas une clé de lecture psychologique ou narrative.
Quelque chose émerge dans le brouillard, par la prolifération insensée, jusqu’à ce que les signifiants eux-mêmes se dissolvent dans l’excès et que les visages disparaissent dans le paysage qui les a révélés.
brouette humide, n°2, mine de plomb, 100x70cm, 2026le contraire d’un songe, mine de plomb, 150x270cm, 2026cuivre au coin du boulevard, n°2, mine de plomb, 150x270cm, 2026
Dans ces œuvres à la mine de plomb sur grand format vertical, et sur coton en format moyen, le quotidien se met en scène avec une sorte de légèreté décalée. Elles s’inscrivent dans la continuité d’un travail où la ligne compose des formes en métamorphose. Les figures surgissent, oscillent, se dissolvent dans un trait parfois brumeux.
Dans « le contraire d’un songe, 150x270cm », un buste sans tête ajuste son col avec une parole flottant dans le vide du papier : « oui je confirme une fée verte ». La parole devient rituel, incantation, dans un monde où des fées vertes existent (peut-être). Des silhouettes minuscules s’impriment à ses pieds, se traînent, fuient, déplacent une montagne triangulaire percée de points.
Dans « cuivre au coin du boulevard, 150x270cm », un chapeau-oreille pend comme un trophée ou un vestige, un objet sans conséquence, il reste suspendu avec en arrière-plan une sorte de jambe-saxophone qui s’étire, monumentale et floue, imposant sa présence.
le contraire d’un songe, coton, 103x83cm, 2026brouette humide, coton, 93x69cm, 2026élément cousu rose, 24cm, 2026Procédure en l’absence de solution, coton, 66x141cm, 2026« Il portait une longue robe rouge (…) », coton, 50x88cm, 2026fermé pour inventaire, coton, 103x95cm, 2026« Suivez les miettes », coton, 101x108cm, 2026Les chaussettes blanches ne sont absolument pas à vendre au Monde des Petites Dentelles, coton, 86x57cm, 2026le joueur au filet distingué, coton, 46x90cm, 2026cuivre au coin du boulevard, coton, 35x74cm, 2026otoscopie à sens unique, coton, 61x91cm, 2026‘Que voulez-vous, je n’ai pas de monnaie!’, coton, 75x113cm, 2026formule autour d’une bulle de savon, coton, 127x65cm, 2026étude finie sous sa forme onirique pour un homme au genou migratoire, mine de plomb, 21x29cm, 2026au n°17, coton, 81x86cm, 2026une installation tangible au bord d’une allée, coton, 67x31cm, 2026un simple bonhomme et son ombre, mine de plomb, 29x21cm, 2026c’est juste un simple bonhomme à la silhouette tracée dans l’air, mine de plomb, 29x21cm, 2026reproduction d’un point de vue sur des têtes de pelleteuses alignées, mine de plomb, 29x21cm, 2026mine de plomb, 60x83cm, 2026 (l’Entretien infini)élément cousu rouge, 60cm, 2026élément cousu rouge, 40cm, 2026sans titre, crayon de couleur/pastel/mine de plomb/pierre noire sur coton, 500x155cm, 2026
Ce dessin de 5m de long est une première ébauche d’autres grands formats que j’aimerais explorer plus tard, il est inspiré de peintures de la Renaissance en y reprenant les corps considérés comme des totalités harmonieuses pour y déceler ce qui est en train de s’y défaire, de s’y désarticuler en silence, comme ce qui ne parvient plus à organiser le réel. Ainsi les grandes masses noires apparaissent comme des irruptions-interruptions dans le réel, de ce qui n’est pas observable et résiste à la symbolisation. Elles se dessinent comme des béances, des zones où le dessin s’arrête incompréhensible, une présence d’avant les mots, une présence au bord de la langue. Et en même temps de se présenter comme des masses trop intenses qui brouillent une lecture claire et directe, elles protègent aussi cette même intensité.
détail, 500x155cm, 2026
Le dessin à la pierre noire datant de fin 2025 (150 × 45 cm) prolonge cette recherche en la condensant. Les fragments de corps et les mouvements qui traversaient la première composition ne sont plus dispersés dans l’espace mais semblent absorbés par une matière noire continue. Les formes émergent puis disparaissent aussitôt, dans une oscillation permanente entre apparition et effacement. Ce qui, dans le grand dessin, prenait la forme d’interruptions localisées devient ici le principe même de la représentation : le dessin se construit depuis une zone d’indistinction où la figure ne cesse de se constituer et de se dissoudre.
sans titre, pierre noire, 150x45cm, 2025figure apparaissant au-dessus d’un plan vertical, pierre noire, 60x85cm, 2026damier, pierre noire, 60x85cm, 2026agneau sur une jambe de femme, 120cm, 2026dialogue entre une orchidée et un pantalon à losanges, 113x65cm, 2026détail, 113x65cm, 2026rencontre avec un tissu à losanges, 90x305cm, 2026détail, 90x305cm, 2026épopée, 90x295cm, 2026portrait d’un adolescent, 21x29cm, 2026trois baguettes de pain dans l’angle d’une fenêtre, mine de plomb, 29x21cm, 2026autoportrait en vieille dame à la flûte, mine de plomb, 29x21cm, 2026que peuvent se raconter un linge à losanges et une orchidée depuis un balcon, mine de plomb, 29x21cm, 2026pigeon pilotant une barquette, mine de plomb, 29x21cmune histoire de poupée et de cubes en verre, mine de plomb, 29x21cm (une série de dessins autour du motif du lapin, à poursuivre)le lapin près du tronc d’arbre regarde les femmes chanter, mine de plomb, 29x21cm, 2025le lapin rencontre le garçon au nœud papillon, mine de plomb, 29x21cm, 2025le lapin est multiplié au sein des rideaux du théâtre, mine de plomb, 29x21cm, 2025le lapin compte jusqu’à…, mine de plomb, 29x21cm, 2025le lapin semble voler, immobile, dans l’espace de deux miroirs, mine de plomb, 29x21cm, 2025un nuage de points, mine de plomb, 29x21cm, 2025un étrange portrait tenant une assiette blanche, mine de plomb, 29x21cm, 2025la robe de communion, mine de plomb, 29x21cm, 2025le lapin pointe du doigt un élément inconnu, mine de plomb, 29x21cm, 2025il joue du piano, mine de plomb, 29x21cm, 2025mine de plomb, 29x21cm, 2025pierre noire, 21x29cm, 2025fillette trempant ses mains dans une bassine, pierre noire, 21x29cm, 2025fillette lavant ses figurines, mine de plomb, 85x60cm, 2025fillette debout dans une baignoire, mine de plomb, 85x60cm, 2025la béance de l’oiseau, un costume importable, tissus et perles, 110cm de hauteur, 2025
Dans la série d’une dizaine de dessins à la mine de plomb « portrait de la vieille dame à la flûte, 21 × 15 cm », tout commence par une rencontre ordinaire. Mais il n’y a peut-être pas de rencontre ordinaire : seulement des apparitions dont la mémoire poursuit le travail bien après que le regard s’est détourné. Peu à peu, la figure cesse d’appartenir à son modèle. Elle se délie de l’identité qui semblait la retenir, revient d’un dessin à l’autre sous des formes déplacées, jusqu’à devenir un personnage récurrent, presque une figure mythologique.
Les gestes, les objets, les métamorphoses qui l’affectent ne viennent pas illustrer un récit. Ils déplacent les frontières entre le corps et ce qui lui est extérieur, entre la mémoire et ce qu’elle invente pour continuer de se souvenir.
Cette série fait écho à une autre figure : Gérard, aperçu pendant plusieurs années dans un quartier de Liège où j’habitais. Je ne lui ai jamais adressé la parole. De cette absence de parole est née une autre forme de proximité. Son passage a laissé une empreinte autour de laquelle gravitent un poème et une courte vidéo qui lui est dédiée.
Les différents costumes tels que « la béance de l’oiseau, 110 cm » ou « la marchande de roses, 130 cm » prolongent cette recherche tout en s’en écartant. Ils ne recouvrent pas un personnage; ils le déplacent. Ils ouvrent chaque fois un autre récit, une autre mémoire possible, où l’identité se diffracte et où le vêtement devient moins un masque qu’un lieu de passage. L’œuvre avance par écarts, par survivances. Elle ne cherche pas à retrouver une origine, mais à demeurer dans l’espace instable où le souvenir commence déjà à s’inventer.
(mosaïque de coussins de volatiles organiques, 38x32cm, en cours, 2025)autoportrait à la mine de plomb (série dans le temps Caricatures Glow Up), 150x310cm, 2025autoportrait à la mine de plomb (série dans le temps Caricatures Glow Up), 150x300cm, 2025autoportrait à la mine de plomb (série dans le temps Caricatures Glow Up), 150x300cm, 2025mine de plomb, 45x45cm, 2025mine de plomb, 45x45cm, 2025pierre noire, 70x100cm, 2025pierre noire, 150x205cm, 2025pierre noire, 21x30cm, 2025pierre noire, 150x115cm, 2025mine de plomb, 21x15cm (série ‘portrait de la vieille dame à la flûte »), 2025mine de plomb, 21x15cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 21x15cm, 2025mine de plomb, 21x15cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025mine de plomb, 15x21cm, 2025assemblage de tissus unis et de roses peints de points I, gouache et acrylique, 70x170cm, 2025détail, assemblage de tissus unis et de roses peints de points I, gouache et acrylique, 70x170cm, 2025détail, assemblage de tissus unis et de roses peints de points II, gouache et acrylique, 175cmx130cm, 2025le costume de la marchande de roses, tissus/bris de verre/jouets/perles, 130cm de hauteur, 2024détail, le costume de la marchande de roses, 2024un nu rose I, gouache sur kraft, 95x65cm, 2025un nu rose II, gouache, 120x140cm, 2025un nu rose III, gouache, 100x70cm, 2025un nu gris, encre, 100x70cm, 2025crayon sur carton, 50x43cm (ensemble de 5 dessins), 2025crayon sur carton, 22x31cm, 2025crayon sur carton, 22x31cm, 2025crayon sur carton, 22x31cm, 2025crayon sur carton, 22x31cm, 2025(travail en cours, impression et collage sur grand format)argile, acrylique, 18cm de hauteur, 2023argile, acrylique, 14cm de hauteur, 2023argile, acrylique, 8cm de hauteur, 2023mine de plomb, 150x330cm, avril 2025 (L’entretien infini)mine de plomb, 150x330cm, avril 2025 (L’entretien infini)détail, avril 2025mine de plomb, 85x60cm, mars 2025 (L’entretien infini)détail, mars 2025détail, mars 2025(en cours)mine de plomb, 150x330cm, février 2025 (L’entretien infini)détail, 150x330cm, février 2025mine de plomb, 85x60cm, février 2025 (L’entretien infini)détaildétailmine de plomb, 85x60cm, janvier 2025 (L’entretien infini)mine de plomb, 85x60cm, janvier 2025 (L’entretien infini)mine de plomb, 150x330cm, janvier 2025 (L’entretien infini)détail, 150x330cm, janvier 2025mine de plomb, 150x330cm (en cours) (L’entretien infini)mine de plomb, 150x330cm, novembre 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x21cm, septembre 2024 mine de plomb, 125x350cm, septembre 2024 (L’entretien infini)détail, 125x350cm, septembre 2024détail, septembre 2024détail, septembre 2024détail, septembre 2024mine de plomb, 28x21cm, septembre 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x21cm, septembre 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 21x28cm, octobre 2022 (L’entretien infini)mine de plomb, 13x18cm, février 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 150x330cm, juin 2024 (L’entretien infini)détail, 150x330cm, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024détail, juin 2024mine de plomb, 150x330cm, avril 2024 (L’entretien infini)détail, 150x330cm, avril 2024détail, avril 2024mine de plomb, 150x330cm, mars 2024 (L’entretien infini)détail, 150×330, mars 2024détail, mars 2024détail, 150x330cm, mars 2024détail, mars 2024détail, mars 2024détail, 150x330cm, mars 2024détail, mars 2024détail, mars 2024mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, mars 2024 (L’entretien infini)mine de plomb, 28x36cm, février 2024 (L’entretien infini)